Coup de cœur !

Morceaux choisis

Le dialogue. Une passion pour la langue française, François Cheng, Presses littéraires et artistiques de Shanghai et DDB, 2002, pp. 9-14).

PhotoLeDialogue3

Une langue, n’est-ce pas, c’est quelque chose qui vous est donné en vrac, sans réserve aucune, qui depuis votre naissance vous permet de tout dire, de raconter tout ce qui vous passe par la tête, de décrire aussi tout ce qui se fait dans le monde extérieur. Cela devrait donc être quelque chose d’évident, d’universel, d’immédiatement accessible à tous. Et pourtant, force nous est de constater, avec stupéfaction, qu’il n’y a pas de système constitué plus étanche, dressant des barrières aussi sévèrement gardées, difficilement franchissables aux yeux de quelqu’un qui n’a pas la chance de « naître dedans ». Passé la stupéfaction, on se rend compte alors d’un autre aspect de toute langue, qui fait justement sa complexité et son mystère. C’est qu’un idiome n’est pas seulement un instrument objectif de désignation et de communication ; il est également le moyen par lequel chacun de nous se fait progressivement, ce par quoi chacun se forge un caractère, une pensée, un esprit, un monde intérieur mû par des sensations et des sentiments, des désirs et des rêves. Une langue prend en charge notre conscience et nos affectivités. Et à un degré plus haut, elle est ce par quoi l’homme est à même de se dépasser en accédant à une forme de création, puisque toutes nos créations, au sens large, sont un langage. Je parlais du mystère du langage humain ; je suis prêt à affirmer à présent que c’est dans le langage, toujours au sens large, que réside notre mystère. C’est bien au moyen de notre langue, à travers notre langue, que nous nous découvrons, que nous nous révélons, que nous parvenons à nous relier aux autres, à l’univers des vivants, à quelque transcendance en laquelle certains d’entre nous croient. Comment s’étonner dès lors que l’apprentissage d’une langue ne soit un processus essentiel et complexe ? Plus qu’une affaire de mémoire, on doit mobiliser son corps, son esprit, toute sa capacité de compréhension et d’imagination, puisqu’on apprend non un ensemble de mots et de règles, mais une manière de sentir, de percevoir, de raisonner, de déraisonner, de jurer, de prier et, finalement, d’être.

[…] Après avoir constaté qu’une langue spécifique génère des barrières spécifiques à franchir, n’y a-t-il pas lieu d’étendre notre interrogation sur la culture, dont on se plaît en général à souligner le caractère singulier, voire monolithique ? Selon cette opinion répandue, toute culture forme un bloc si irréductible qu’elle serait réfractaire à la transmission par rapport à une autre culture. Pour ma part, autant j’adhère pleinement à l’idée que toute personne est singulière, intrinsèquement unique, dans la mesure où demeure en elle le mystère de l’Être, autant je suis enclin à mettre un bémol à la thèse de l’ « irréductibilité » d’une culture, laquelle n’est en réalité que le produit collectif d’un grand groupe de personnes vivant ensemble et qui mettent justement en valeur leur part « partageable ». Certes chaque être est unique, ce qui fait la riche fécondité de l’ordre de la Vie, mais, paradoxalement, cette unicité de chacun ne peut prendre sens, n’est à même de se révéler et de s’épanouir que dans l’échange avec d’autres unicités, et la langue et la culture, valables pour une collectivité, ont précisément pour fonction de fixer des règles et des croyances communes, afin de favoriser cet échange et cette circulation. L’image idéale d’une culture n’est-elle pas un jardin à multiples plantes qui rivalisent de singularité et qui, par leurs résonances réciproques, participent à une œuvre commune ? Puisque échange et circulation il y a au niveau d’un groupe d’hommes, pourquoi ceux-ci ne marcheraient-ils pas entre les cultures, surtout lorsque celles-ci cherchent à tendre vers une forme de vie vraiment ouverte ? Il y faut bien entendu beaucoup de temps et un minimum d’humilité. À charge pour chacun, au terme de cette co-naissance, d’assimiler ce qui lui semble enrichissant et profitable.

François Cheng. Entretiens avec Françoise Siri, Albin Michel 2015 (pp. 32-33)

Pour moi, la langue française a forgé mon destin.
Elle se remarque par la précision et les nuances de ses mots, par la rigueur de sa structure et par son souci du style. Ce souci de style traduit un désir de situer le regard à une certaine hauteur – un regard en surplomb. Cette langue possède donc une double qualité d’être à la fois analytique et synthétique, concrète et abstraite. Concrète parce que truffée de détails précis, abstraite par sa qualité de distinction et de distanciation.

[…] À travers ma création, j’expérimente non pas les limites du langage, mais au contraire le pouvoir virtuel du langage humain qui nous permet de joindre le dire à l’indicible, le fini à l’infini, l’humain au divin. Longtemps, l’homme s’est servi du langage pour tenter d’expliciter le mystère de l’univers ; voilà qu’il découvre que dans son langage même réside son propre mystère. Le langage étend sans cesse en lui la sphère de mémoire et d’imagination, d’illumination et de prophétie…

Expériences de traduction, Umberto Eco
Dire presque la même chose (Fichier pdf)

 

Les traducteurs sont des inutiles !

Un nouveau guide à l’adresse des traducteurs et des acheteurs de traduction,

publié par la SFT. Adaptation du texte de Chris Durban et Alan K. Melby.

Connaissez-vous la brochure « Traduction : faire les bons choix » ? N’hésitez pas à la lire ou à  la relire, cela ne vous prendra que quelques minutes. C’est un véritable condensé d’informations indispensables – mais non exhaustives – destinées aux acheteurs de services de traduction. Téléchargez gratuitement ce livret au format PDF à l’adresse www.fit-europe.org/ brochures-fr.html. En complément, nous vous proposons ce nouveau texte, qui s’adresse tant aux acheteurs qu’aux prestataires de services de traduction.

Traduction : les mots au kilo ? Des normes au secours des prestataires de services de traduction